Transat New York – Açores

  • Vendredi 15 juin. Départ

Brunehilde : Les courses sont rangées, même bien reclassées pâtes avec pâtes, conserves et farine chacune dans leur cale. Les draps sentent la soupline.

Greg est monté au mât vérifier la drisse, Et on a même sorti Bagatelle 1/2h histoire de vérifier que tout allait bien là dessous. Logistique et bateau ok donc.

Notre équiper, Pierre-Antoine, arrive à 10h, souriant. Voici plus d’un an qu’il a accepté de nous accompagner dans cette transat retour ! Le bateau n’est pas grand, immersion totale au milieu de nous, dans 10 m3…

La fenêtre météo est là, il faut partir vite. Greg nous lit le petit briefing de notre routeur Dominic Vittet, grand navigateur et météorologue. Pendant cette traversée retour, il va falloir jouer au chat et à la souris avec les dépressions, pas trop tomber dedans, mais pas trop en sortir non plus si on veut du vent jusqu’aux Acores… Le routage correspond à ce que Greg a regardé de son côté.  La petite note s’achève sur un « Régalez vous ! » qui me laisse sceptique… c’est d’une traversée de l’Atlantique qu’on parle là ??

Nous passons sous le pont de Verrazano à 15h heure locale, soit 19h temps universel. Cette fois, la visibilité est extraordinaire : la découpe de Manhattan nous accompagne longtemps dans l’embrasement du soir. Peu de houle, juste une petite brise parfaite pour gonfler le spi. Je voudrais que ça dure comme ça jusqu’aux Açores …

Mes équipiers me laissent le meilleur quart : de 3h à 6h, peu de nuit noire et le privilège de voir le soleil se lever …

Adrien : Je ressens un peu d’appréhension à l’idée de ces 15 à 20 jours de mer, mais rien de comparable à ce que j’avais ressenti à Mindelo. Incroyable coucher de soleil avec la skyline de New York sur le ciel orangé. Moral =😏

Extrait du Journal de bord:

23h UTC : Vent de Sud, 8 nœuds, Route sous voile appuyées moteur. SOG (Vitesse sur le fond) = 5,6 nœuds.

 

 

 

  • Samedi 16 Juin:

Extrait du Journal de bord:

14h30 UTC, Vent de NW  8 nœuds. SOG = 4 nœuds. Spi Asymétrique depuis 10h00 TU. Beau temps mer plate.

22h00 UTC, Vent 10 à 12 nœuds de SW. SOG = 5,9 nœuds. Avons empanné à 20hTU. Toujours sous spi asymétrique, bateau à plat, pas de mer. Après-midi scrabble. Aubergine et Riz avec les restes de filet Mignon pour ce soir.

  • Dimanche 17 Juin :

Extrait du Journal de bord.

14h00 TU: Vent 10 nœuds de SW. SOG = 4,4 nœuds. Nuit à 5 nœuds de moyenne. Pétole ce matin. Les fichiers météo sont contradictoires sur l’après dépression qui doit nous passer dessus d’ici 48h. Urgent d’attendre. Beau temps. Email ce matin à la famille, Dominic et au MRCC JOBOURG pour signaler notre traversée. (oubli d’avant départ).

Adrien : On est toujours sous spi, pas un nuage à l’horizon.  Le vent s’est renforcé légèrement et du coup on accélère, c’est plutôt cool !  J’interromps mon livre « Hunger Games » pour un bon goûter dehors. Moral =😀

  • Lundi 18 juin

Adrien : Ce matin, la mer est super plate. A peine réveillé, je sens que c’est mou. C’est parfait sauf qu’à ce rythme on va mettre 20 jours à arriver ! J’en profite pour faire un peu de clarinette.

A l’apéro, nous avons vu un énorme banc de dauphins. Il devait y en avoir plu de 100 qui sautaient de tous les côtés : c’était vraiment inoubliable ! Moral =🤗

Extrait du Journal de Bord:

15h30 TU : Vent S -SE: 10 noeuds. Mer plate. Vitesse 5 noeuds. Cela fait 24 heures que nous sommes sous spi asymétrique. Musique pour Adrien et Emile. Victor a fait ses devoirs : très vite, très bien. Douches pour tout le monde avant le vent fort qui doit arriver cette nuit.

20h30 TU : Le spi est rentré. On est passé sous génois. La mer commence à nous rouler doucement. Gateau au Chocolat.

 

  • Mardi 19 juin

Extrait du Journal de Bord:

13h30 TU: Vent de S-SO 25 noeuds, rafales à 30 noeuds. Hier matin la température de l’eau était à 16°, ce matin elle est à 26° ! Nous sommes dans une veine du Gulf Stream. 2 Ris / Trinquette. Difficile de lofer plus et de descendre au Sud. Moral plutôt Bon…

Brunehilde : Dans la nuit, le vent s’est levé avec la houle qui va avec. Pas de quart pour moi, Greg gère. Moi, je gère juste ma nausée dans ma couchette…

Adrien : C’était prévu, le vent s’est levé -un peu trop même- du genre 25 nœuds. La bonne nouvelle, c’est qu’on a attrapé une branche du Gulf Stream, du coup, on avance à 10-11 nœuds de moyenne. La mauvaise, c’est que ça bouge à mort avec 2M de creux… Quasiment au travers, on se fait rouler à chaque vague, c’est horrible. Moral =😨 😩

L’après-midi, le vent s’établit à 30 nœuds avec des rafales à 40.  Ça secoue à l’intérieur et Papa et Pierre Antoine doivent barrer car le pilote se fait embarquer dans les vagues. On surfe à 12 nœuds et on bat même notre record avec une pointe à 15,5 nœuds !! Beaucoup beaucoup de vent, Grande voile au bas ris (papa a pris le 3e) et seulement un bout de trinquette. Moral = 🤢😣

Grégoire: Nuit agitée. 35 Noeuds établis, rafales à 45 Noeuds. 3 Ris + Trinquette à moitié roulée. Petites déferlantes nombreuses mais pas dangereuses. On reste tous les 2 dans le cockpit avec Pierre Antoine et on se relaie pendant 12heures pour barrer. On file à 8 à 9 nœuds de moyenne sur le fond. Au moins, on avance !!

  • Mercredi 20 juin

Brunehilde : 5h du mat, j’entends Greg qui dégueule au dessus du bastingage. Je me fais violence pour sortir de la cabine après 20h en cycle essorage… c’est pas la grosse forme mais je sens que ce serait pas mal que je sorte … Pierre Antoine est rentré dormir un peu. Le vent s’est calmé, je dois pouvoir prendre un petit quart pour que Greg se repose de la longue nuit.

Bottes, pantalon de ciré, coupe vent, je reste à l’abri de la petite pluie fine sous la capote . Le matin qui se lève nettoie le ciel. Un peu de répit après le passage de la dépression et puis le trou de vent. « Régalez vous » qu’il disait …

Échange de mail avec Dominic : Greg lui transmet notre position et Dominic nous renvoie son analyse pour la fin de transat. C’est parfait, une petite dépression va nous amener tranquillement jusqu’à Horta par le Nord. « Amusez-vous bien ! » 500 miles, soit 4 jours de près en perspective, je ne sais si c’est ça que j’aurais dit …

Adrien : Le front est passé dans la nuit : le vent s’est bien calmé. On est au moteur pour gérer la molle qui suit, les affaires de papa et de Pierre-Antoine peuvent sécher. La mer, elle, n’est pas encore totalement calmée, ça roule un peu quand même, mais ça va mieux. Moral = 😐

 

 

  • Jeudi 21 juin

Adrien : C’est mou, très mou. Des dauphins sont venus nous rendre visite ce matin, c’était cool ! Moral = 🙂

Extrait du journal de bord:

10h20 TU: Vent de SE 5 nœuds. On est au moteur depuis 6h00. Pas de vent après le passage du front. On fait route au 180 ° (vers le sud) pour aller chercher le vent qui est plus bas.

20hTU: Vent de 15 nœuds SW. Le vent rentre comme prévu par le SW. Ouf, on va redécoller vers Horta !

 

 

  • Samedi 23 juin :

Adrien : Dans la journée, nous avons empanné pour un long bord vers le nord. On suit les conseils de Dominic et nous allons passé au-dessus des Açores pour descendre ensuite Nord Est vers Horta. J’ai fini mon livre. J’ai assez hâte d’arriver même si notre 2e semaine s’annonce bien. Moral =😉

Extrait du Journal de Bord :

13hTU: Vent 23 nœuds de W – SW. Vitesse= 7 nœuds . Toujours au grand largue tribord amure. On empannera ce soir car on veut rester dans ce flux et éviter la petite bulle anticyclonique juste au dessus de nous. 975 milles parcourus en ligne directe depuis NYC. A midi : Deuxième côte de bœuf de la traversée !

  • Dimanche 24 juin :

Brunehilde : Dimanche, c’est le jour des pancakes. Le roulis s’est un peu calmé, je lance la pâte… et vais dormir un peu après mon quart.

Greg découvre que le pont s’est enfoncé sous le chandelier babord ! Dans un empannage sauvage, la retenue de bôme a tiré trop fort sur le chandelier. On aurait préféré qu’il plie mais non et la platine a défoncé le bois… Un beau trou de 10 cm² dans le pont juste au dessus du tableau électrique ! Pas terrible… il faut à tout pris éviter que de l’eau ne pénètre par là et Greg vide en urgence un tube de silicone en attendant que les vagues se calment et de pouvoir faire mieux.

 

Émile et Victor en sont à leur 34e épisode de Zorro et Pierre Antoine se laisse aller à la nostalgie d’un petit épisode avec eux.

Et apéro de mi parcours ! On entame notre dernière bouteille de rhum du père Labat en se maudissant d’en avoir acheté si peu …

 

 

  • Lundi 25 juin

Brunehilde : Grégoire sort les outils. Pas trop confiant dans le bourrage de silicone, il remplace le bout de pont par des contreplaques de CP marine collées. Le bateau est à nouveau étanche au niveau du pont !

L’ordinateur « des films » est HS. Ça va être plus compliqué d’occuper Monsieur  Questcequonjoue… Heureusement qu’il peut jouer des heures au jeu de cartes Gorilla avec son frère !

Les conditions permettent un peu de cuisine : on mange notre dernier magret. Fin du frais, notre régime conserve commence !

  • Mardi 26 Juin:

Extrait du Journal de Bord

05h30 TU. Vent 22 nœuds de SW. Vitesse 6 nœuds.

Avons empanné hier soir le 25 à 22h30 TU. Cap au 85 ° pour faire de l’Est sur l’orthodromie vers Horta. Il faut passer avant la dépression et avant que le vent ne tourne trop à l’Est dans 2 jours. En fait nous avons une bulle anticyclonique qui est en train de disparaitre devant nous et une grosse bulle qui nait derrière. Le passage avec du vent est étroit entre les deux et il ne faut pas louper ce créneau, sinon= passage à niveau! Début de nuit limpide sous la lune mais se couvre peu à peu.

 

  • Jeudi 28 juin :

Extrait du Journal de Bord:

02hTU: Vent de Nord, 15 nœuds. Vitesse = 7 nœuds. Hier, dernier front passé. De très belles moyennes ces dernières 48 h. Apéro dehors pour notre anniversaire de mariage et diner sympa à l’intérieur du bateau. On se faufile à 7 nœuds entre les 2 bulles anticycloniques. Encore 560 milles à parcourir en ligne directe.

Nota technique: Problème de pilote. Suite à une déferlante dans le cockpit, beaucoup d’eau rentrée dans la soute par le hublot resté ouvert. Déconnexion du pilote à plusieurs reprises. Séchage des connexions à la soufflette. RAS depuis mais à surveiller de près.

Brunehilde :  Journée de près. A la gite à 30°, tout devient plus compliqué et fatigant dans le bateau. J’avoue que j’alterne pas mal position allongée et position mi-allongée, un peu calée comme on peut. Mais ce long bord de près est moins dur que je le craignais, on ne tape pas trop. Par contre, des vagues balaient régulièrement le pont, certaines plus vicieuses que d’autres, et dans la nuit, l’une d’elle se faufile sous la capote. Odeur de cramé et plus de pilote ! Je suis tout ça depuis ma couchette où j’essaie de dormir un peu en attendant mon quart…  Pierre Antoine prend la barre et s’oriente à la girouette pendant que Greg cherche des solutions frontale sur la tête. A minuit, il sort donc la boîte à outils, change les fusibles, et finit par démonter l’anémomètre pour le chinter du circuit. C’est lui qui a court-circuité et le pilote remarche. Ouf ! On a beau m’expliquer qu’on se serait succéder à la barre sans la problème pour les 200 miles restants, je préfère !!

Encore 3 jours comme ça…

  • Vendredi 29 Juin:

Extrait du Journal de Bord:

10h00 TU: Vent de N -NE, 25 nœuds. Vitesse= 6,5 nœuds. On est au près: 2 ris trinquette. ça mouille énormément avec des vagues qui balaient le pont de l’étrave à la poupe. Elles arrivent à passer au dessus de la capote… Cette nuit, une d’elle a noyé un composant électronique dans la console au dessus du roof. Perte de toute l’électronique et du pilote pendant plus d’1 heure. Heureusement, Pierre Antoine, à l’ancienne, le nez sur le compas à la frontale et les yeux sur la girouette en tête de mat, fait merveille à la barre. Pendant ce temps là, Grégoire isole les composants défectueux et parvient à relancer la centrale de navigation. Ouf, on retrouve les instruments (mais sans l’anémomètre) et surtout, on retrouve le pilote automatique.

  • Samedi 30 juin :

Brunehilde : Depuis de le début de la traversée, on parle de bonite et de crêpes à Pierre Antoine. Mais on a beau mettre la ligne tous les matins, ça ne mord pas ; une fois, un thon a réussi à s’échapper au moment de monter à bord et depuis plus rien. Alors, à quelques jours de l’arrivée, à défaut de tartare de bonite, une petite pile de crêpes nutella fait la joie de l’équipage ! Décidément, le stugeron marche bien (merci Aurélie !), il eut un temps où l’allure de près rimait plutôt avec vomi, là j’arrive à gérer…

 

  • Dimanche 1er juillet :

Adrien : Dernière nuit à bord ! On va arriver cette nuit ! J’ai trop hâte !

 

  • Lundi 2 juillet :

Adrien : A 3h du matin, maman nous réveille. On voulait être là pour l’arrivée ! On longe la côte de Faial par le nord et on découvre le port d’Horta. Pas de place, et déjà beaucoup de bateaux à couple… Papa voit un Swan tout seul sur le long du quai ; on arrive doucement et on s’amarre à lui. Cette fois, on y est ! Il est 4h du matin et on retourne finir la nuit à plat bien au calme. (Les adultes s’envoient quand même un petit Rhum d’arrivée !)  Moral = 👍😁🤩

 

  • La Traversée en Vidéo:

5 réflexions sur “Transat New York – Açores

  1. Je découvre ce super récit les photos magnifiques et cette vidéo bien rigolote. Bravo les champions, ça n’avait pas l’air facile!!! et bonne « réadaptation » à la terre ferme…

    J'aime

Répondre à Michel Ale Annuler la réponse.

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s